Catégorie : Culture

  • Au Haillan, L’Entrepôt affirme son rôle de lieu de vie culturel au cœur du territoire

    Au Haillan, L’Entrepôt affirme son rôle de lieu de vie culturel au cœur du territoire

    Une salle née en 2000, reprise en régie municipale depuis onze ans

    Créée en 2000, L’Entrepôt a d’abord vu sa programmation confiée à un opérateur extérieur. Depuis onze ans, la Ville du Haillan a repris la gestion directe de la salle, développant autour d’elle un véritable projet culturel de territoire.

    Dotée de 456 places, L’Entrepôt occupe une position singulière dans le paysage métropolitain. « La plus petite des grandes salles ou la plus grande des petites », résume Manuel Corneau. Une jauge intermédiaire qui impose un équilibre délicat entre exigence artistique et réalité économique : suffisamment grande pour accueillir des artistes reconnus, mais exigeante en matière de remplissage.

    Située à une trentaine de minutes du centre de Bordeaux, la salle revendique son ouverture au-delà du public haillanais. À l’heure de l’étalement urbain et de la montée en puissance des mobilités, Manuel Corneau rappelle que Le Haillan est aujourd’hui pleinement connecté à la métropole, notamment grâce au tramway. Un argument assumé pour attirer des spectateurs venus de l’ensemble de l’agglomération.

    Défendre une identité propre dans une offre culturelle dense

    Dans un territoire riche en équipements culturels de jauge comparable, le directeur-programmateur refuse toute logique de concurrence frontale. Sa ligne est claire : défendre une proposition artistique singulière, plutôt que regarder ce que programment les salles voisines.

    « Plus il y a de spectacles, mieux c’est », estime-t-il, rappelant que le spectacle vivant demeure un espace irremplaçable de rencontre, d’échange et de débat. Théâtre, humour, chanson, jazz ou cinéma participent à faire de L’Entrepôt un lieu identifié, où les habitants savent pouvoir trouver une programmation éclectique.

    Cette identité s’appuie notamment sur des rendez-vous désormais bien installés, comme le festival jeune public Ratatam ou encore Le Haillan chanté, mais aussi sur une politique tarifaire accessible et un soutien affirmé aux artistes locaux.

    Un projet culturel ancré dans la proximité

    Depuis la reprise en régie municipale, L’Entrepôt ne se limite plus à une simple diffusion de spectacles. Le projet porté par la Ville vise à inscrire la salle au cœur de la vie quotidienne des habitants.

    Concrètement, cela se traduit par une ouverture élargie du lieu, une programmation cinéma réintroduite après plusieurs années d’interruption, et un important volet d’actions culturelles : accueils scolaires, partenariats avec les écoles et le collège, collaborations avec les associations locales, ateliers artistiques et mise à disposition de la salle pour les spectacles de fin d’année.

    Aujourd’hui, hormis la période estivale, il se passe presque quotidiennement quelque chose à L’Entrepôt : séances de cinéma, visites de crèches, répétitions, spectacles, accueils de classes ou événements associatifs. Une dynamique permanente qui transforme la salle en véritable lieu de vie.

    La culture comme ouverture au monde

    Pour Manuel Corneau, la culture dépasse largement la seule dimension artistique. Elle participe à l’apprentissage du vivre-ensemble, dès le plus jeune âge.

    À travers les spectacles scolaires et les ateliers de création, L’Entrepôt défend une approche fondée sur l’ouverture à l’autre, la différence et la tolérance. Le directeur insiste sur l’importance du débat et de l’échange après les représentations : aimer ou ne pas aimer importe moins que comprendre pourquoi, et pouvoir en discuter collectivement.

    Dans un contexte marqué par la montée des tensions et le poids des réseaux sociaux, il voit dans le spectacle vivant un antidote précieux : un espace incarné, où l’on partage des émotions réelles et où la parole circule.

    Des contraintes budgétaires de plus en plus fortes

    Comme l’ensemble des équipements culturels, L’Entrepôt doit composer avec un environnement économique tendu. Hausse des coûts depuis la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, stagnation des recettes, baisse récente des budgets municipaux : la programmation devient un exercice d’équilibriste.

    Manuel Corneau reconnaît que certaines enveloppes ont diminué, même si cela reste, pour l’instant, absorbable. Le principe est simple : lorsqu’un spectacle coûte désormais 150 euros là où il en coûtait 100 auparavant, cela se traduit mécaniquement par un nombre réduit de propositions.

    Un casse-tête permanent, mais aussi, selon lui, un moteur de créativité : il faut à la fois proposer des spectacles capables d’attirer du public et consolider les actions de proximité. Un arbitrage fin, qui se joue parfois à quelques milliers d’euros, tout en maintenant une diversité de publics, des tout-petits aux seniors.

    Une programmation variée pour tous les publics

    Manuel Corneau résume la saison en deux mots : « plutôt sympa ». Une formule modeste pour qualifier une programmation volontairement large, mêlant têtes d’affiche et découvertes.

    Parmi les rendez-vous à venir :

    • Ratatam, du 31 janvier au 8 février, festival jeune public mobilisant l’ensemble des acteurs culturels haillanais (bibliothèque, ludothèque, cinéma), avec au programme méga-boum d’ouverture, spectacles scolaires, battle de dessin, projections, rencontres avec la marraine Séverine Vidal et créations participatives impliquant les enfants des écoles.
    • Les Mercredis du Haillan, une dizaine de dates annuelles à tarif unique de 5 euros, dédiées principalement aux artistes locaux, afin de rendre la culture accessible au plus grand nombre.
    • Le passage de Viktor Vincent le 13 mars, déjà complet, illustrant le grand écart assumé entre propositions intimistes et spectacles à forte notoriété.
    • Le festival Les Cogitations, du 23 au 25 avril puis du 20 au 23 mai, consacré à l’humour, à la satire et au dessin de presse. Un temps fort autour de l’esprit critique, avec ateliers dans les écoles et collèges, revue de presse, et un spectacle original le 24 avril associant Christophe Alévêque à des dessinateurs qui créeront en direct.
    • Enfin, Le Haillan chanté, du 10 au 13 juin, pour sa 15e édition, célébrant la chanson francophone, de la découverte aux artistes confirmés, en partenariat avec l’association Bordeaux Chansons.

    Une ambition constante malgré les incertitudes

    À travers cette programmation et ses multiples actions de terrain, L’Entrepôt poursuit une ligne claire : maintenir un accès large à la culture, soutenir la création et favoriser les rencontres.

    Malgré les contraintes financières, Manuel Corneau reste convaincu que le spectacle vivant continuera d’exister. Au Haillan, la salle entend rester un espace de partage, d’émotions et de dialogue, fidèle à sa vocation première : être un lieu culturel ouvert, vivant et profondément ancré dans son territoire.

  • Mérignac aprés-guerre:  » Des vaches et des chevaux sur la place de l’église! « 

    Mérignac aprés-guerre:  » Des vaches et des chevaux sur la place de l’église! « 

    Michel Petuaud-Létang a grandi à Mérignac à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Il se souvient d’un Mérignac que « les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », à une époque où la commune était encore un bourg rurale, indépendante de Bordeaux.

    « Une bourgade autour d’une place très grande, avec une église »

    En 1947, Mérignac n’a rien d’une ville dense, avec moins de 20 000 habitants. Le cœur de la commune s’organise autour de la place de l’église.

    « C’est une bourgade autour d’une place très grande, avec une église. Sur la place, il y a des arbres, de l’herbe, et quelques lampadaires assez récents. Sur la place de l’église en 1947, c’est des vaches et des chevaux. » Il faut dire que le centre est entouré de propriétés, de fermes et de terres agricoles.

    Une ville coupée de Bordeaux

    À cette époque, Mérignac est clairement séparée de Bordeaux.

    « Mérignac est absolument et totalement indépendante de Bordeaux. »

    La coupure est nette : voie ferrée, grands parcs, propriétés privées forment une véritable frontière paysagère.

    « Il y avait ce qu’on appelait Fontainieu, une grande propriété énorme, mitoyenne du parc Bourran, qui faisait une césure totalement paysagère entre Bordeaux et Mérignac. »

    Une campagne habitée, morcelée, authentique

    Le Mérignac d’après-guerre est fait de quartiers isolés les uns des autres, séparés par des terres agricoles.

    « Il y avait ensuite des quartiers assez isolés les uns des autres. Entre, c’étaient des paysans, des agriculteurs. »

    Le bourg lui-même s’arrête rapidement. « Quand on descendait vers la Devèze, la ville s’arrêtait là. Pratiquement, le bourg s’arrêtait à la Devèze. »

    On y trouve encore un lavoir, des maisons anciennes, des familles nombreuses. « C’était le XIXᵉ siècle, pratiquement. »

    Une enfance au cœur du village

    Arrivé enfant à Mérignac, Michel Petuaud-Létang grandit place de l’église, où ses parents tiennent une mercerie.

    « J’allais à l’école en traversant la place, et après je jouais au football sur la place de l’église. Les buts, c’étaient les murs de l’église. »

    Le curé les réprimandait parfois, mais l’ambiance était celle d’un village soudé.

    « On se connaissait tous, on habitait tous autour de la place pratiquement. » Les commerces sont identifiés, les habitants aussi.« Je connaissais tout le monde sur la place. » Aujourd’hui encore, Michel Pétuaud-Létang se souvient du nom de nombreuses familles mérignacaises.

    Solidarité d’après-guerre

    La période est marquée par une forte entraide. « Il y avait une solidarité considérable et il n’y avait pratiquement pas de chômeurs. »

    Ses parents accueillent même une famille dans leur garage. « Ils n’avaient plus de biens, la guerre était passée par là. Mes parents les ont accueillis, on leur donnait à manger, on avait aménagé le garage. »

    Une mémoire précieuse pour comprendre la ville d’aujourd’hui

    À travers ces souvenirs précis, parfois tendres, parfois étonnants, Michel Petuaud-Létang livre bien plus qu’un récit personnel. Il raconte la matrice rurale et villageoise d’une ville aujourd’hui pleinement urbaine, rappelant que Mérignac s’est construite par strates, à partir d’un territoire vivant, solidaire et profondément humain.

  • Yves Carbonne, bassiste hors normes entre virtuosité, invention et liberté musicale

    Yves Carbonne, bassiste hors normes entre virtuosité, invention et liberté musicale

    Une reconnaissance internationale construite sur l’audace

    Bassiste reconnu sur la scène internationale, Yves Carbonne s’est fait connaître autant par ses albums que par les instruments atypiques qu’il développe depuis des années en collaboration avec des luthiers. Une démarche qui l’a mené à jouer sur les plus grandes scènes et à faire, récemment, la couverture du Bass Review Magazine, référence mondiale pour les bassistes.

    Une reconnaissance qu’il accueille avec lucidité : « Ça aide, ça fait de la promo », souligne-t-il simplement, fidèle à une approche pragmatique du métier.

    Du piano à la basse : une histoire de fréquences et de sensation

    La musique entre très tôt dans sa vie. Yves Carbonne commence le piano à l’âge de 7 ans, avant de basculer vers la basse à 13 ans. Un choix qui peut surprendre, tant les deux instruments semblent opposés dans leur rôle.

    Pourtant, le musicien l’explique clairement : il a toujours été attiré par les fréquences graves et par le rapport physique à l’instrument. « Au piano, c’est un marteau qui frappe la corde. J’avais envie de toucher la corde directement », confie-t-il. Une recherche de contact, de matière, presque charnelle, qui marque toute sa trajectoire artistique.

    D’abord autodidacte à la basse, il progresse rapidement avec les cours de Jack Tocah et intègre le Big Band de jazz du Conservatoire dès 1982. Il entame sa carrière professionnelle à 17 ans.

    Le jazz comme évidence artistique

    Né en 1967, Yves Carbonne grandit dans un contexte musical dominé par le rock, la new wave et les musiques populaires des années 80. Pourtant, c’est vers le jazz qu’il se tourne très tôt.

    La découverte de John Coltrane à 15 ans agit comme un déclic. Ce qui l’attire, c’est la complexité, l’exigence, l’improvisation. « J’aime les choses complexes », assume-t-il, tout en précisant que sophistication ne signifie pas inaccessibilité : le but reste de rendre la musique accessible, sans renoncer à sa richesse.

    Son univers musical se nourrit ainsi de jazz, de groove, de funk, de soul, de rock, mais aussi de musique classique, contemporaine et baroque. Une musique hybride, profondément ancrée dans l’écoute et l’expérience.

    L’instrument comme outil, jamais comme finalité

    Si Yves Carbonne est aujourd’hui mondialement identifié à sa basse à douze cordes, il tient à rappeler que l’instrument n’est jamais une fin en soi. « Un instrument est un outil », martèle-t-il.

    Son objectif initial n’était pas de provoquer, mais de répondre à un besoin musical précis : explorer à la fois les graves les plus profonds et les aigus les plus élevés, jusqu’à couvrir la plage sonore d’un piano.

    Le choix du fretless, inspiré de la contrebasse ou du violoncelle, permet une expressivité accrue : chaque nuance dépend de la position du doigt, de la pression, du vibrato. Une exigence technique extrême, qui impose une discipline physique et mentale rigoureuse.

    « Je suis plus en forme aujourd’hui qu’à 30 ans », confie-t-il, évoquant un quotidien fait de sport, d’entraînement, de rigueur alimentaire et de travail constant. Une contrainte devenue moteur d’équilibre et d’évolution personnelle.

    Créer, chercher, se tromper

    Toujours en quête, Yves Carbonne n’hésite pas à expérimenter dans tous les sens : basses à douze cordes, à quatre cordes accordées une octave plus bas, mais aussi instruments à deux cordes, voire des réflexions ironiques sur une basse… sans cordes.

    Derrière l’humour, une vraie philosophie : augmenter ou réduire volontairement les contraintes pour stimuler la créativité. « Quand on limite les possibilités, on est obligé de s’adapter », explique-t-il.

    Il insiste également sur un point fondamental : beaucoup d’artistes ont abandonné ce type d’instrument par manque de projet musical clair. Sans intention artistique forte, l’innovation instrumentale perd son sens.

    Une musique profondément ancrée dans l’improvisation

    L’improvisation est au cœur de son processus créatif. Son dernier album, est largement issu d’improvisations réalisées pendant la période du confinement, partagées à l’époque sur les réseaux sociaux.

    Avec le recul, Yves Carbonne a sélectionné certaines idées, les a transcrites, structurées, puis utilisées comme base pour de nouvelles improvisations. Un aller-retour constant entre spontanéité et écriture, entre émotion brute et construction musicale.

    Le concert en sextet, entre groove et liberté

    À Martignas, le public pourra découvrir cette musique en formation sextet, entouré de musiciens qu’il qualifie sans détour de « crème de la crème ».

    Un équilibre subtil entre le rôle fondamental du bassiste et celui du soliste, dans un esprit de dialogue et de partage musical.

    Être artiste aujourd’hui : une position exigeante

    Au fil de l’entretien, Yves Carbonne livre aussi une réflexion lucide sur la place de l’artiste dans la société actuelle. La crise du disque, le streaming, la précarisation de la culture, l’uniformisation des productions et la difficulté à vivre de créations exigeantes sont autant de réalités qu’il assume sans détour.

    Pour lui, l’art doit questionner, là où une certaine culture tend parfois à endormir. Une posture qui peut déranger, mais qu’il revendique pleinement.

    Conscient des contraintes économiques, il distingue clairement ses deux carrières : celle du musicien professionnel, qui répond à des commandes, et celle de l’artiste, où il laisse libre cours à l’expérimentation et à l’émotion.

    Un artiste en mouvement permanent

    Installé aujourd’hui près de Mérignac après avoir vécu aux États-Unis, Yves Carbonne continue de composer et de développer de nouveaux projets, notamment à Paris, qu’il préfère pour l’instant garder confidentiels.

    Une chose est sûre : l’artiste ne compte pas s’arrêter. « J’ai de quoi m’occuper jusqu’à ma mort », glisse-t-il avec un sourire, évoquant les possibilités infinies offertes par ses instruments et par la musique.

    Un concert à ne pas manquer pour découvrir un musicien libre, exigeant et profondément humain, dont la basse, loin d’un simple rôle d’accompagnement, devient un véritable orchestre à elle seule.

  • À Mérignac, une politique culturelle ambitieuse, de la petite enfance aux grands équipements

    À Mérignac, une politique culturelle ambitieuse, de la petite enfance aux grands équipements

    La culture dès les premiers mois de vie

    À Mérignac, l’éducation artistique et culturelle commence très tôt. « On commence à trois mois », rappelle Vanessa Fergeau-Renaux. Chaque année, le festival Promenons-nous, organisé en février et mars, propose une trentaine de spectacles, ateliers et rencontres dédiés aux tout-petits et à leurs parents. L’objectif est clair : éveiller la curiosité et créer un premier lien avec les artistes.

    Pour les enfants plus âgés, la Ville s’appuie sur un Parcours d’éducation artistique et culturelle qui concerne aujourd’hui 6 300 élèves, de la maternelle au primaire. Ce parcours repose sur trois piliers : la rencontre avec une œuvre ou un événement, la rencontre avec l’artiste et la pratique artistique. « Le but, ce n’est pas seulement d’aimer ou de ne pas aimer, mais de pouvoir se demander pourquoi », souligne l’élue.

    Construire l’esprit critique et désacraliser la culture

    Cette exigence pédagogique se construit en étroite collaboration avec les enseignants et l’Éducation nationale. « Sans eux, rien ne serait possible », insiste Vanessa Fergeau-Renaux, qui salue leur engagement. La culture, rappelle-t-elle, est parfois « mal comprise ou malmenée », d’où l’importance de la médiation, notamment autour de sujets sensibles comme le dessin de presse ou la laïcité.

    Des rencontres avec des artistes comme Plantu, Urbs ou Camille permettent de désacraliser la culture et de donner accès directement à la parole des créateurs. « Ce n’est pas nous qui traduisons l’intention de l’artiste, c’est l’artiste lui-même », précise-t-elle.

    Des équipements culturels au cœur de la vie locale

    Mérignac s’appuie sur un réseau d’équipements particulièrement dense. Le conservatoire, avec plus de 1 000 élèves, 35 disciplines et 50 enseignants, joue un rôle central. Ouvert dès l’âge de 4 ans, il accueille également des enfants en situation de handicap. Le dispositif Orchestre à l’école, mis en place dès la 5e, illustre cette ambition : pendant trois ans, des élèves découvrent la musique de manière collective, avec des répercussions positives jusque sur les résultats scolaires.

    Autre pilier : la médiathèque, qui accueille 115 000 visiteurs par an. Lieu de vie à part entière, elle se décline aussi hors les murs grâce à La Bulle, médiathèque itinérante installée dans les quartiers et l’espace public. Livres, jeux, graines à échanger, conférences, spectacles : « Il faut passer une journée à la médiathèque pour se rendre compte à quel point c’est devenu un centre de vie », observe l’adjointe à la culture.

    2026, une année culturelle forte

    Parmi les temps forts à venir, la réouverture du Krakatoa constitue un moment clé. Entièrement rénové, l’équipement disposera désormais de trois salles, offrant davantage de souplesse pour les concerts et la médiation. Une exposition photographique d’Olivier Crouzel, consacrée à la métamorphose du lieu, sera présentée à la Vieille Église.

    Le Pin Galant, désormais géré par un nouveau délégataire, poursuit quant à lui sa mission d’ouverture au plus grand nombre. « La programmation reste éclectique et exigeante », assure Vanessa Fergeau-Renaux, rappelant que le programmateur n’a pas changé et que la Ville conserve un droit de regard.

    La saison 2026 s’annonce dense : expositions, danse, spectacles sonores, projets autour de la mémoire locale, événements dédiés aux adolescents ou encore lancement de l’Été mérignacais dans les parcs, avec concerts, cirque et performances en plein air.

    Une culture comme outil d’émancipation

    Au-delà des chiffres et des événements, la philosophie reste constante : faire de la culture un outil d’émancipation individuelle et collective. « La culture aide à lever des freins, à s’exprimer, à se construire », résume Vanessa Fergeau-Renaux.

  • Perrine Austry , romancière de défis, publie son 4eme roman, Captifs.

    Perrine Austry , romancière de défis, publie son 4eme roman, Captifs.

    De la philo à l’écriture

    « J’ai été en fauteuil roulant pendant quatre ans », explique-t-elle, évoquant une période où elle ne pouvait plus exercer son métier de prof.

    C’est à l’hôpital, dans un quotidien contraint, que l’écriture s’est imposée : « J’ai pu être sur mon ordi à écrire un texte qui faisait 300 pages », avant ce déclic : « Peut-être que j’ai écrit un livre ». Elle vit aujourd’hui de sa plume et publie son 4ème roman.

    Le corps, fil conducteur de ses romans

    Le rapport au corps a une place centrale dans les romans de Perrine Austry. « Son corps, c’est son propre ennemi », dit-elle, décrivant un combat intime : « Il faut refaire ami avec quelque chose qui est désolidarisé de nous-même ».

    Elle cite notamment « Le quartier des Femmes savantes », qui se déroule à Bordeaux, comme un roman où elle voulait placer « au cœur de l’intrigue une kiné », et rappelle que son éditeur a identifié chez elle une veine particulière : « Ma maison d’édition m’a dit : toi tu fais des romans psychologiques »

    Un goût assumé pour les challenges

    Perrine Austry aime se fixer des défis, y compris dans sa manière d’écrire : « Je suis une compétitrice à fond », « moi je fais jamais dans la facilité, il faut toujours que je me fasse des trucs où je sais que ça sera compliqué », et elle résume son fonctionnement par des « cahiers des charges » qu’elle s’impose.

    « Une vie en apnée » : le froid comme expérience d’écriture

    À propos de « Une vie en apnée » (2025), Perrine Austry insiste sur le réalisme sensoriel qu’elle recherche : « Il faut savoir ce que ça fait sur le corps ».

    Elle raconte s’être documentée et exposée au froid pour écrire juste : « Je suis allée pendant un an… avec des médecins pour savoir ce que c’était que l’hypothermie », convaincue qu’un romancier doit décrire au plus près : « Il faut quand même que je décrive complètement ce qui s’est passé ».

    « Captifs » : un huis clos rural, un engrenage, et l’effet papillon

    Avec « Captifs », l’autrice annonce une rupture de ton et de style. Elle préfère laisser la découverte au lecteur : « Je vous invite à lire les quatre et vous verrez que “Captifs”… ça coupe avec tout le reste ».

    Le point de départ tient en peu de mots, mais impose une contrainte forte : « Une intrigue sur 48 h », pensée comme un challenge après le précédent roman qui s’étirait sur plusieurs années. L’histoire suit Laurent, père célibataire, qui s’isole avec sa fille « dans le coin le plus reculé… entre le Lot-et-Garonne et le Gers », et s’y construit « un petit écrin de paradis de solitude ».Le cœur du roman repose sur l’engrenage : « Je voulais qu’un geste ou un mot puisse avoir des conséquences sur à très long terme », jusqu’à une bascule annoncée comme dramatique : « Ça va avoir des conséquences dramatiques » (sans spoiler davantage).

    Perrine Austry revendique l’ambition de surprendre : « Si vous aimez les thrillers, si vous aimez avoir peur… je vous propose quelque chose de nouveau ».

    Rencontre à Mérignac : sortie nationale et dédicace

    La romancière donne rendez-vous au public jeudi 15 janvier 2026 à 19 h à la librairie Aux Pavés dans la Marge à Mérignac, pour « fêter la sortie nationale avec du champagne ».

    Les 4 romans de Perrine Austry:

    Rouge Fusion ( éditions Jets d’encre)

    Le quartier des femme savantes (Terres de l’ouest)

    Une vie en apnée ( Kubik éditions)

    Captifs ( Kubik éditions)

  • Martignas-sur-Jalle : une saison culturelle « populaire et éclectique »

    Martignas-sur-Jalle : une saison culturelle « populaire et éclectique »

    Une programmation construite longtemps à l’avance, guidée par un projet

    Une saison ne se bâtit pas au coup de cœur : « C’est un an, un an et demi à l’avance. Mais c’est pour ça que le projet culturel est essentiel, parce qu’on ne programme pas parce qu’on aime. » Le travail commence par la vision portée par la Ville, puis une phase de rencontres : « La saison culturelle, ça se prépare déjà bien en amont (…) beaucoup de rencontres, de va et vient avec les compagnies, les usagers, puisque notre saison culturelle, elle se veut avant tout populaire et éclectique pour parler à tous sur le territoire. »

    Cette logique s’étend au public scolaire : « On travaille beaucoup en collaboration avec l’ensemble des écoles du territoire (…) un travail de concertation de longue haleine et puis de soutien aussi à la création locale. »

    « Populaire au sens noble » : varier les formes, créer du lien

    La ligne est assumée : « Je dirais que c’est une programmation populaire au sens noble du terme (…) on souhaite que les habitants, que les usagers puissent se retrouver dans notre programmation. Donc, de ce fait, elle est assez variée. »

    Et au-delà de l’affiche, la programmation se joue aussi dans les actions autour des œuvres : « C’est une action quotidienne. Et puis ça va même plus loin, c’est du sens. Quel sens on met à tout ça ? C’est pas juste programmer un spectacle pour programmer. »

    Avec une priorité : « On travaille effectivement beaucoup sur la médiation (…) mettre en lien les publics avec les œuvres, (…) et (…) développer ces axes-là (…) de soutien à la création aussi locale. »

    Budget, contraintes et soutien aux artistes locaux

    Dans un contexte d’inquiétudes pour le secteur, Martignas maintient son cap : « Je dirais que je travaille à budget constant parce qu’il y a une réelle volonté politique (…) de maintenir l’offre culturelle, une offre culturelle de qualité. »

    Sur le terrain, la fragilité de certaines compagnies est réelle : « Il y a effectivement des compagnies locales qui sont malheureusement obligées de mettre la clé sous la porte, ou alors de diversifier leur activité (…) pour ces questions de restrictions budgétaires. »

    La stratégie locale passe aussi par des choix de programmation : « Nous, on travaille beaucoup avec des compagnies locales, ce qui permet de réduire quand même des coûts. »

    Et par l’appui d’acteurs régionaux : « J’ai envie de saluer le travail des agences régionales comme l’OARA comme l’IDAC, qui nous permettent d’avoir des subventions et qui sont là derrière nous. »

    Mutualiser pour gagner en visibilité

    Martignas s’inscrit dans une dynamique collective : « On travaille beaucoup avec la ville de Saint-Jean d’Illac dans le cadre de plusieurs festivals (…) et d’autres communes, Cestas, Canéjan. »

    Objectif : « Ça permet d’avoir une plus grande visibilité (…) Ça permet aussi de mutualiser. »

    La culture comme respiration

    Mounira Bénouard-Autier le résume ainsi : « Il faut prendre soin de sa santé culturelle et ça passe par aller voir les spectacles. »

    Et elle défend une culture accessible : « Je dis pas d’aller voir toujours des pièces élitistes, mais c’est pour ça qu’on défend une culture populaire (…) ça fait du bien d’aller au théâtre, ça nous fait penser à autre chose dans ce monde compliqué en ce moment. »

    À retenir : les temps forts à venir (dès janvier)

    • Projection-débat autour des 256 partisans fusillés au camp de Souge : « On va commencer en réalité par une projection débat (…) le mardi 20 janvier. »
    • Concert d’Yves Carbonne (sextet) dans le cadre du festival de jazz porté par Saint-Jean d’Illac et Jazz Illac : « C’est un virtuose du jazz qui a fait le monde entier », et « cerise sur le gâteau (…) Yves Carbonne (…) il est martignassais. » (samedi 24 janvier)
    • Musique classique à la Saint-Blaise, dans l’église Saint-Blaise : « Traditionnellement (…) nous accueillons (…) le concert de musique classique. » ( le 7 février)
    • Humour / stand-up : Jérémy Charbonnel ( le 27 mars)
    • Théâtre : Cyrano de Bergerac ( le 28 février)
    • Jeune public / scolaire : « Cyrano sentait bon la lessive » ( le 30 avril)
    • Show multidisciplinaire :« un show multidisciplinaire avec danseuses (…) assez caliente » (mentionné le mardi 2 mai)

    Focus : Plaine Brunch Festival, « 100% fait maison »

    Événement musical de rentrée, le festival est revendiqué comme un projet collectif : « C’est notre festival 100% fait maison », construit avec le tissu local : « on travaille avec nos associations locales (…) on construit le festival avec les habitants. »

    Et il grandit sans viser la démesure : « C’est un festival qui grandit (…) cette année, on a atteint les 3500 personnes (…) c’est un festival à taille humaine. »

  • Mapping à Mérignac: « Notre métier, c’est d’émerveiller! « 

    Mapping à Mérignac: « Notre métier, c’est d’émerveiller! « 

    Depuis plus de vingt-cinq ans, Christian Gimat conçoit et produit des spectacles visuels monumentaux. « Il y a la création, on va dire pure, et l’entrepreneuriat, c’est pour faire de la production de spectacle », rappelle-t-il. Pour Mérignac, cette double compétence a été particulièrement sollicitée.

    Habituellement, un mapping vidéo est conçu pour un format relativement court. « En règle générale, un mapping fait entre huit et dix minutes », explique le directeur artistique. À Mérignac, le public pourra découvrir un spectacle bien plus long. « Là, il va y avoir deux créations de vingt minutes », souligne Christian Gimat, « c’est quand même assez exceptionnel ». Au total, ce sont près de quarante minutes de projection qui seront proposées, un format rare pour ce type de création en extérieur.

    Cette durée exceptionnelle est directement liée au caractère anniversaire de l’événement. Pour célébrer les dix ans du mapping à Mérignac, Adlib Créations a imaginé un véritable « best of » enrichi de nouvelles séquences. « On va faire une sélection d’animations que nous avons créées depuis 2016, en y ajoutant quelques nouveautés », précise Christian Gimat. Un choix artistique qui a nécessité un important travail de remaniement et d’adaptation des animations existantes.

    Le spectacle se décline en deux propositions distinctes. Sur la façade de l’église, le public découvrira une rétrospective à dominante contemporaine, mêlant créations personnelles, effets 3D et transformations visuelles de l’architecture. « Sur l’église, on appelle ça rétrospective », explique Christian Gimat, évoquant « quelque chose d’assez technique, technologique même ». Sur la médiathèque, place à un scénario narratif destiné avant tout aux enfants, avec le Père Noël et ses lutins, personnages récurrents du Noël mérignacais.

    Concevoir un spectacle d’une telle durée implique un temps de préparation conséquent. « Ça peut varier entre deux mois et dix jours », indique le directeur artistique pour un mapping, selon la complexité des projets. À Mérignac, l’allongement du format a renforcé les exigences artistiques et techniques, de l’écriture scénaristique aux réglages sur site. « C’est très précis, au centimètre près », rappelle Christian Gimat, soulignant l’importance de chaque détail pour maintenir la qualité visuelle sur une durée inhabituelle.

    Gratuit et en plein air, ce spectacle long format s’adresse à l’ensemble de la métropole. Par sa durée exceptionnelle, il marque une étape particulière dans l’histoire des illuminations de Mérignac et illustre le savoir-faire d’Adlib Créations, pour qui, comme le résume Christian Gimat, « notre métier, c’est d’émerveiller ».

  • Laëtitia Franquet sur C6 :  » Le stand-up, c’est mieux qu’une thèse de sociologie! »

    Laëtitia Franquet sur C6 :  » Le stand-up, c’est mieux qu’une thèse de sociologie! »

    « Moi à la base, j’ai un doctorat de sociologie ». Sa thèse portait sur « une analyse comparative des violences faites aux femmes en France et en Espagne », un sujet qu’elle qualifie elle-même de grave. Elle souligne que le modèle espagnol, réformé dès 2004, a démontré son efficacité : « Quand on met en place une politique progressiste et de l’argent, parce qu’il y a aussi des financements qui vont avec, ça fait baisser le nombre de féminicides. »

    Très vite, Laetitia Franquet prend cependant conscience des limites de la diffusion académique. « Je me suis dit qu’un stand-up, c’était peut-être plus utile qu’une thèse, puisque peu de personnes liront 520 pages », confie-t-elle. C’est à la suite de son divorce qu’elle se lance réellement sur scène. Un événement personnel devenu matière artistique, mais aussi un outil de reconstruction. « Maintenant, je ne parle plus tellement du divorce, c’est fait, j’ai fait mon deuil », explique-t-elle, ajoutant que « le stand-up, c’est pas mal aussi pour faire son deuil ». Son premier spectacle s’inspirait directement de cette période, avant d’élargir le propos à des constats plus larges, chiffres à l’appui : « Une femme qui divorce perd 30 % de ses revenus la première année, contre 7 % pour les hommes. »

    Son engagement féministe s’enracine dans son histoire personnelle. Élevée principalement par son père, avec « une grande liberté » et « une grande autonomie », elle raconte avoir très tôt perçu l’écart avec le vécu d’autres jeunes filles. « Quand j’observais autour de moi que ce n’était pas le cas des autres, ça a fait naître en moi l’envie de faire changer les choses », explique-t-elle. Ses recherches lui ont ensuite confirmé « de vraies inégalités dans le monde du travail, dans le monde des médias ».

    Sur scène comme sur C6 Radio, Laetitia Franquet revendique un humour engagé. « C’est de l’humour satirique, de l’humour engagé, mais je pense qu’on peut rire aussi de choses difficiles », affirme-t-elle. Ses chroniques ne se limitent pas au féminisme et peuvent aborder la santé mentale des jeunes, le football ou d’autres sujets de société. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de sujets qui me révoltent », reconnaît-elle, évoquant notamment l’état de plus en plus préoccupant de la jeunesse.

    Le stand-up lui a aussi appris à gérer le stress et l’échec. Monter sur scène avec dix minutes pour convaincre un public parfois imprévisible implique une forte pression. « Parfois ça ne marche pas », admet-elle. Mais loin de la décourager, ces moments l’aident à relativiser : « Ça apprend à relativiser ses erreurs et à rebondir. Dire : ce n’est pas grave, peut-être que la prochaine fois ça fonctionnera. » Elle réécrit régulièrement ses vannes, s’adapte, et assume que tout dépend aussi du public et du contexte.

    Son processus de création reste très instinctif. « Je ne prépare pas mes sketches une semaine à l’avance, c’est vraiment la cuisson du lendemain », explique-t-elle. L’inspiration vient de l’actualité, mais aussi de moments plus inattendus : « Les idées me viennent souvent sous la douche, quand je marche, ou juste au moment de m’endormir. » Dans ces moments-là, elle note immédiatement des mots-clés sur son téléphone, avant de se poser pour écrire. En moyenne, une chronique de dix minutes lui demande environ une heure de travail.

    Contrairement à d’autres humoristes, Laetitia Franquet refuse de se moquer de son public. « Je déteste me moquer du public », affirme-t-elle clairement. Elle préfère l’autodérision et assure vouloir un espace où chacun se sente à l’aise : les spectateurs peuvent s’asseoir au premier rang, se lever si nécessaire, « sans avoir peur d’être humiliés ». Le public peut devenir une source d’inspiration, mais jamais une cible.

    Dans un univers du stand-up qu’elle décrit comme « très concurrentiel », Laetitia Franquet assume sa singularité : « Je pense que je suis la seule docteure en sociologie. » Une particularité qui lui permet d’utiliser les outils de la recherche pour faire rire tout en sensibilisant.

    Elle prépare actuellement un one woman show d’une heure, prévu pour le mois de mars, notamment à Cognac et à Saint-Émilion, dans le cadre de la Quinzaine de l’égalité. Une reconnaissance qui renforce son sentiment d’utilité : « Utiliser l’humour, la scène, prendre la parole et rendre ça accessible, ça a encore plus d’impact pour sensibiliser et faire de la prévention. »

  • Astronomie:  » La terre dans l’univers, c’est comme un grain de semoule dans l’océan! »

    Astronomie:  » La terre dans l’univers, c’est comme un grain de semoule dans l’océan! »

    Depuis l’enfance, Arnaud Fougeu lève les yeux vers le ciel. Faute de ressources accessibles à l’époque, il a longtemps appris seul. Aujourd’hui, il transmet ce qu’il aurait aimé recevoir adolescent : de la pédagogie, des explications simples et un accompagnement pour débuter en astronomie.

    « Je me suis aperçu que j’arrivais à partager ma passion. Alors j’ai tenté l’aventure professionnelle », explique-t-il.

    Albireoo : ateliers, soirées d’observation et vulgarisation

    Son activité couvre un large éventail d’animations :

    – stages pour les jeunes,

    – interventions en camping,

    – soirées privées pour particuliers,

    – séances d’observation pour entreprises ou collectivités.

    Il se déplace avec un ensemble d’instruments adaptés :

    • un télescope pour les planètes et les objets lumineux,

    • un autre pour les objets très faibles,

    • des jumelles spécialisées pour l’observation du ciel profond.

    Arnaud rappelle d’ailleurs qu’il est possible d’observer beaucoup d’objets à l’œil nu, notamment les planètes, à condition de savoir où regarder.

    Émerveillement garanti

    Les réactions du public nourrissent sa motivation.

    « À chaque fois, c’est comme si je voyais les astres pour la première fois », confie-t-il.

    Il se souvient d’un jeune garçon descendu en pleurs d’émotion après avoir observé pour la première fois une galaxie.

    Car l’astronomie, c’est aussi cela : une expérience sensorielle. « Voir Jupiter le matin en sortant de la voiture… C’est juste beau. »

    L’immensité du cosmos et la place de l’être humain

    L’observation du ciel, c’est aussi la prise de conscience de notre petitesse.

    Arnaud utilise souvent une image : « Imaginez un grain de semoule dans l’océan Atlantique. C’est nous. »

    Cette échelle donne aussi une responsabilité : pour lui, les astronomes sont les premiers écologistes, car ils savent ce que deviennent les planètes lorsque le climat se dérègle.

    Vie extraterrestre : une question complexe

    Interrogé sur la possibilité d’une autre vie dans l’univers, il reste prudent.

    D’un côté, le nombre d’étoiles et de planètes rend cette hypothèse plausible.

    De l’autre, l’apparition de la vie sur Terre a nécessité une succession de conditions presque impossibles : « C’est comme gagner trois fois de suite au loto. »

    Les défis actuels : satellites, pollution lumineuse et science participative

    Arnaud observe de plus en plus de pollutions lumineuses et radio, ainsi que la multiplication des satellites qui strient les photos astronomiques.

    Le phénomène va s’accentuer : de 10 000 satellites actuellement, on pourrait atteindre 40 000 à 50 000 dans une quinzaine d’années.

    Mais l’astronomie évolue aussi positivement grâce à la science participative : chacun peut contribuer à des observations, par exemple lors d’occultations d’étoiles par des astéroïdes, ce qui permet de déterminer leur forme et leur taille.

    James Webb : un télescope qui bouscule tout

    Le télescope spatial James Webb, malgré son coût colossal, est pour lui une révolution scientifique :

    « Chaque semaine, il rebattait les cartes. On découvre des galaxies qui ne devraient pas exister selon ce qu’on pensait savoir. »

    La magie des histoires et des mythologies

    Pour Arnaud, regarder le ciel, c’est aussi se relier aux mythes anciens.

    Il évoque notamment les légendes amérindiennes et la manière dont les civilisations ont construit leurs récits autour des constellations.

    Offrir un télescope à Noël ? Oui, mais…

    Selon lui, c’est une excellente idée, à condition d’éviter les pièges commerciaux :

    Ne jamais choisir un instrument sur le seul critère du grossissement.

    – Se renseigner auprès de clubs ou de passionnés.

    – Et privilégier un télescope de type Dobson, idéal pour débuter.

    « Et n’oubliez pas de rêver »

    C’est sa devise, qu’il affiche partout.

    Parce que l’astronomie est d’abord une invitation à la curiosité, au partage et à l’humilité.

    Une porte d’entrée vers l’infini, mais aussi vers une meilleure compréhension de nous-mêmes.

  • Carole Merlo: sa nouvelle vie merveilleuse de romancière !

    Carole Merlo: sa nouvelle vie merveilleuse de romancière !

    Jeune, Carole Merlo écrit pour elle, par besoin intime, mais sans jamais imaginer écrire un roman. Le tournant survient en 2021, lorsqu’une maladie l’oblige à rester immobilisée chez elle. Cette pause forcée agit comme un déclencheur. Elle parle d’un besoin de résilience, d’un élan intérieur qui s’impose.

    C’est là que naît l’idée de Insondable Yolanda,son premier roman.

    Elle commence à écrire, construit un plan, s’astreint à un rythme. Et contre toute attente, elle va au bout. Ce geste, initié dans la fragilité, ouvre pour elle une trajectoire totalement nouvelle.

    La publication d’Insondable Yolanda en 2023 marque le début d’une métamorphose. Le succès du livre, les retours enthousiastes des lecteurs, les rencontres en salons… tout cela contribue à rendre tangible cette seconde vie qu’elle n’avait jamais envisagée.

    Elle le dit sans détour :

    « Je vis une nouvelle vie merveilleuse… Je vis un rêve. »

    Cette reconnaissance, cette légitimité nouvelle, elle la savoure pleinement — sans regret envers sa première carrière, mais avec la conviction profonde d’avoir trouvé sa place.

    Carole Merlo est romancière mais aussi un peu historienne.

    L’importance de la documentation historique est centrale dans son travail. Lorsqu’elle découvre, en écrivant son premier roman, l’effervescence politique du Maroc en 1955 — attentats, tensions pré-indépendance — elle comprend à quel point une époque réelle peut donner de l’ampleur à une fiction.

    Depuis, elle travaille systématiquement ainsi :

    • recherches plusieurs mois avant l’écriture,

    • exploration minutieuse des archives, des récits et des témoignages,

    • immersion dans les mentalités, les peurs, les enjeux sociaux,

    • construction d’un cadre rigoureux dans lequel les personnages peuvent évoluer librement.

    Cette méthode explique la précision de Héritage entrelacés, son nouveau roman, qui couvre les années 1904 à 1934. Grâce à cette documentation méticuleuse, le lecteur voyage à travers le temps et le petit séminaire, l’école normale de Saint-André-de-Cubzac, les ateliers de couture nantais, le Bordeaux d’avant sa transformation urbaine, les réalités agricoles et l’éveil des mouvements des suffragettes.

    Sans cette recherche, dit-elle, l’histoire ne tiendrait pas.

    Dans ce premier tome d’Héritages entrelacés, Carole Merlo raconte les parcours de Gustave et Valentine, deux jeunes qui cherchent à s’émanciper d’un milieu qui les limite. Leur évolution, leurs combats, leurs prises de conscience se déploient dans un cadre historique d’une grande fidélité.

    Le tome 2 est déjà en cours d’écriture et approfondira l’intrigue psychologique et les secrets de famille, un motif que Carole Merlo considère comme un « terreau exceptionnel d’écriture ».

    .Aujourd’hui, à Saint-Aubin-de-Médoc, elle écrit chaque jour, rencontre ses lecteurs, prépare la suite de son œuvre. Et répète, avec une émotion intacte :

    « Je vis un rêve. »