Catégorie : Culture

  • « La culture, c’est un signe de bonne santé d’une démocratie »

    « La culture, c’est un signe de bonne santé d’une démocratie »

    Une direction de la culture récente pour structurer une politique globale

    Créée en 2022 à l’initiative de la nouvelle mandature municipale, la direction des affaires culturelles de Saint-Médard-en-Jalles incarne la volonté politique de donner une cohérence et une visibilité accrues à l’action culturelle locale.

    « L’idée était d’avoir une vision globale de la politique culturelle, de dissocier la vie associative et de valoriser davantage ce champ d’action », explique Stéphanie Héraud, en poste depuis un an et demi.

    La direction regroupe aujourd’hui plusieurs pôles :

    • l’action culturelle et la programmation,
    • les médiathèques (dont une ludomédiathèque),
    • l’école municipale de musique et de danse.

    Au total, près d’une cinquantaine d’agents participent à cette politique publique, structurée autour d’un équipement central, le Carré des Jalles, qui accueille également le cinéma municipal, la scène nationale et de nombreuses activités associatives.

    La scène nationale Carré-Colonnes : un label d’État au cœur du territoire

    Institution phare du paysage culturel local, la Scène nationale Carré-Colonnes, implantée à Saint-Médard-en-Jalles et Blanquefort, bénéficie d’un label attribué par l’État.

    Ce réseau compte près de 80 structures en France, caractérisées par :

    • une programmation pluridisciplinaire (théâtre, danse, musique),
    • une attention forte à l’éducation artistique et culturelle,
    • un accompagnement à la création et aux artistes.

    « Nous accueillons des compagnies en résidence, nous finançons des projets et nous développons des actions auprès des publics, notamment scolaires », détaille Marion Franquet.

    La structure revendique une ligne artistique contemporaine mais accessible, fondée sur l’ancrage territorial et la médiation.

    Un contexte financier contraint pour l’ensemble du secteur

    Comme partout en France, les politiques culturelles locales évoluent dans un environnement budgétaire tendu. La diminution des financements publics affecte l’ensemble de la chaîne, des collectivités aux compagnies artistiques.

    « Toutes les strates des collectivités sont en difficulté financière et financent moins les politiques publiques, dont la culture. Au final, ce sont souvent les artistes qui en subissent les conséquences », souligne Marion Franquet.

    Du côté de la ville, la contrainte impose de nouvelles stratégies :

    • rechercher des propositions moins coûteuses,
    • développer des partenariats,
    • maintenir la gratuité de certaines actions tout en équilibrant les dépenses.

    Un exemple emblématique reste le partenariat avec l’Opéra National de Bordeaux, qui a permis d’accueillir le Requiem de Mozart dans l’église de la commune à des tarifs accessibles.

    Accessibilité, exigence et médiation : l’équilibre au cœur de la programmation

    La question centrale demeure celle de l’équilibre entre ambition artistique et fréquentation. Les deux responsables rejettent l’opposition entre culture « élitiste » et populaire, préférant parler d’« exigence accessible ».

    La programmation s’appuie sur plusieurs critères :

    • l’adéquation aux lieux et aux jauges,
    • la diversité des publics,
    • la pertinence artistique et sociétale.

    La scène nationale revendique notamment un théâtre engagé, capable d’aborder des sujets contemporains parfois sensibles, tout en développant un important travail de médiation pour accompagner les spectateurs.

    Cette logique s’incarne aussi dans des croisements artistiques, comme l’accueil de spectacles de danse urbaine portés par des figures reconnues, à l’image d’une chorégraphe ayant collaboré avec Aya Nakamura aux côtés de compagnies locales.

    Une identité culturelle en construction

    Pour la municipalité, l’enjeu dépasse la seule programmation : il s’agit de construire une identité culturelle propre à la ville.

    Plusieurs axes émergent :

    • la place de la poésie et de la littérature,
    • le développement d’événements populaires (carnaval, bals, concerts),
    • la notion de « prendre soin » par la culture.

    Cette dernière s’inspire notamment des travaux de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, et se traduit par des propositions artistiques visant l’apaisement, la rencontre et le bien-être collectif.

    Des équipements culturels multiples et complémentaires

    Le Carré des Jalles constitue le cœur névralgique de l’offre culturelle, mais d’autres lieux complètent le maillage :

    • la salle Georges-Brassens, dédiée notamment au jeune public,
    • les médiathèques, qui proposent ateliers, rencontres et soirées jeux,
    • l’espace public et la forêt, investis par certaines créations.

    La scène nationale développe même un « jardin secret », espace hybride mêlant création artistique, médiation et pratiques écologiques, illustrant l’élargissement des formes culturelles au-delà du spectacle vivant.

    Partenariats et gouvernance partagée

    Ville et scène nationale fonctionnent selon un modèle de coopération formalisé par conventions.

    La municipalité met à disposition les équipements tandis que la structure conserve son indépendance artistique.

    Cette articulation permet la cohabitation de multiples usages : spectacles, cinéma, pratiques amateurs ou événements municipaux, dans un même ensemble culturel.

    Une culture du quotidien, entre grands rendez-vous et pratiques locales

    Au-delà des grandes dates, la politique culturelle s’inscrit dans un rythme régulier d’activités : ateliers, rencontres, événements en médiathèque ou actions éducatives.

    La ville revendique ainsi une approche large de la culture, intégrant aussi bien les spectacles professionnels que les pratiques amateurs, les loisirs créatifs ou les projets participatifs.

    « Le succès, c’est quand les salles sont pleines et que les habitants demandent le prochain rendez-vous », résume Stéphanie Héraud, soulignant la curiosité et l’engagement du public local.

    Culture et démocratie : un levier de participation citoyenne

    Au cours de l’entretien, Stéphanie Héraud insiste sur le lien étroit entre culture et démocratie locale. « La culture, c’est un signe de bonne santé d’une démocratie », rappelle-t-elle, soulignant que l’action culturelle ne se limite pas à proposer des spectacles, mais constitue un véritable outil de participation et d’expression pour les habitants. En favorisant la rencontre, le débat et la diversité des points de vue, la programmation contribue à faire vivre un espace public plus ouvert et inclusif. La culture devient ainsi un vecteur de compréhension du monde et de dialogue, permettant à chacun de trouver sa place dans la vie de la cité.

    Une ambition culturelle territoriale entre service public et projet de société

    Au croisement des politiques publiques, de la création artistique et de la participation citoyenne, la stratégie culturelle de Saint-Médard-en-Jalles illustre les enjeux actuels du secteur : maintenir l’ambition dans un contexte contraint, élargir les publics sans renoncer à l’exigence et faire de la culture un levier de cohésion territoriale.

    À travers la coopération entre la ville et la scène nationale, c’est une vision de la culture comme bien commun qui se dessine — un espace de rencontre, de réflexion et de partage, au cœur du projet municipal.

  • Un monstre du cinéma français à Mérignac le 12 mars !

    Un monstre du cinéma français à Mérignac le 12 mars !

    Après avoir marqué plusieurs générations avec ses rôles cultes et ses réalisations légendaires, Jugnot revient derrière la caméra pour une comédie explosive, pleine de quiproquos et de situations hilarantes.

    MAUVAISE PIOCHE raconte l’histoire de Serge Martin, un paisible retraité qui se retrouve arrêté par erreur et confondu avec l’homme le plus recherché de France. Devenu la cible des médias, il va tout tenter pour prouver son innocence et retrouver sa vie… si c’est encore possible !

    Le film réunit une distribution de choc, avec Gérard Jugnot lui-même, Philippe Lacheau, Thierry Lhermitte, François Bureloup et Jean-Pierre Darroussin. Une rencontre qui promet des scènes mémorables et des éclats de rire garantis.

    Cette avant-première sera l’occasion rare pour le public de rencontrer Gérard Jugnot et d’échanger avec lui après la projection, sur son film et sa carrière riche de plusieurs décennies.

    Pour les amateurs de comédie française, cet événement s’annonce comme un moment incontournable à Mérignac, mêlant humour, cinéma et passion pour le septième art.

    Pour réserver vos places: Réservation au Ciné Merignac

  • Le Taillan-Médoc : une politique culturelle de proximité qui fait de la rencontre son moteur

    Le Taillan-Médoc : une politique culturelle de proximité qui fait de la rencontre son moteur

    Une culture conçue comme un service public du quotidien.

    Au Taillan-Médoc, la culture n’est ni un supplément d’âme ni un simple programme de spectacles. Elle constitue un axe structurant de la politique municipale.

    Pour l’adjointe à la culture, Céline Le Gac, l’objectif est clair : faire de la culture un espace de rassemblement. La municipalité revendique une approche fédératrice, où la complémentarité entre acteurs et équipements prime sur la logique événementielle.

    Cette orientation se traduit par une organisation fortement collaborative entre élus, services municipaux et partenaires locaux. La culture irrigue ainsi l’ensemble des politiques publiques, en lien avec l’enfance, la jeunesse, le scolaire ou encore l’action sociale.

    « Plus on est nombreux, plus on construit des projets qui parlent à tous », résume l’élue, illustrant une vision collective de l’action culturelle.

    Le Pôle culturel et artistique : un écosystème intégré.

    Au cœur du dispositif se trouve le Pôle culturel et artistique (Polca), véritable colonne vertébrale de la vie culturelle locale.

    Ce lieu regroupe trois entités complémentaires :

    • l’école municipale de musique, ouverte à une grande diversité d’instruments
    • la ludomédiathèque, espace hybride mêlant lecture, jeux et médiation
    • un auditorium d’environ 120 places, dédié aux spectacles, conférences et rencontres

    À ces équipements s’ajoute un espace central polyvalent, conçu comme un lieu de convivialité pouvant accueillir associations, temps festifs ou rencontres informelles.

    Pour Romain Tacciari, responsable du service culturel et vie locale, cette configuration favorise une programmation décloisonnée, où les projets sont pensés collectivement et au plus près des usages des habitants.

    La transversalité comme méthode.

    La singularité de la politique culturelle taillanaise réside dans sa logique de transversalité. Les projets associent régulièrement plusieurs services municipaux, qu’il s’agisse des écoles, du périscolaire ou du CCAS.

    Cette approche permet d’intégrer la culture dans des domaines variés : soutien à la parentalité, médiation numérique, éducation artistique ou encore bien-être.

    La ludomédiathèque illustre particulièrement cette philosophie. Conçue comme un lieu de vie intergénérationnel, elle propose aussi bien des espaces de jeu pour les tout-petits que des actions de lecture ou de médiation pour les familles.

    Pour la directrice culture, vie associative et sport Marianne Carayon, le jeu constitue une forme à part entière de culture populaire, capable de toucher des publics qui ne fréquentent pas spontanément les équipements culturels.

    Une culture accessible et décomplexée.

    La municipalité assume une conception élargie et inclusive de la culture. L’enjeu consiste à lever les barrières symboliques qui peuvent éloigner certains publics.

    En multipliant les formats (cabaret engagé, médiation artistique, événements participatifs ou rencontres conviviales), la commune cherche à démontrer que la culture peut être vécue sans prérequis.

    Cette démarche s’accompagne d’un choix fort : la gratuité de la saison culturelle municipale. Un levier d’accessibilité qui permet d’élargir les publics et d’encourager la curiosité.

    La commune accueille également des artistes en résidence, contribuant ainsi à la création et à l’accompagnement de projets émergents.

    Une programmation participative et ancrée dans le territoire.

    Parmi les initiatives emblématiques figure le Projet Optimiste Partagé (POP), dispositif participatif lancé en 2018.

    Chaque édition associe artistes et habitants autour d’ateliers, de rencontres et de créations collectives. L’objectif : faire de la culture un espace d’expression citoyenne et de co-construction.

    La restitution finale, prévue au printemps, symbolise ce travail de longue haleine, mêlant médiation artistique, éducation culturelle et participation locale.

    Au-delà du POP, la programmation s’appuie sur une diversité d’événements : carnaval, festival musical, fête du court-métrage, actions numériques ou rencontres intergénérationnelles. Autant de rendez-vous qui structurent le calendrier culturel de la commune.

    S’ouvrir au territoire métropolitain.

    Consciente des limites liées à la taille de ses équipements, la municipalité a mis en place un dispositif original : la « chouette navette ».

    Ce service permet aux habitants d’assister à des spectacles dans la métropole bordelaise, avec transport pris en charge par la ville et tarifs négociés.

    Une manière d’élargir l’offre culturelle sans renoncer à l’ancrage local, tout en favorisant la découverte de lieux et d’esthétiques variés.

    Fédérer plutôt que programmer.

    Interrogées sur la dimension politique de leur démarche, les responsables culturelles revendiquent avant tout une ambition de cohésion sociale.

    La culture est envisagée comme un outil de rencontre et de dialogue, plus que comme une vitrine artistique. Une philosophie qui privilégie la proximité, la participation et la convivialité.

    La saison se clôt notamment par des propositions mêlant spectacle vivant et temps festifs, à l’image d’événements en plein air ou de veillées musicales participatives.

    Une identité culturelle singulière.

    Au Taillan-Médoc, la culture se construit moins autour de grandes affiches que d’une dynamique collective et quotidienne.

    Cette stratégie, assumée, repose sur trois piliers :

    • accessibilité
    • participation
    • diversité des pratiques

    Elle dessine une identité culturelle locale où l’expérimentation et la convivialité tiennent une place centrale, et où la culture se vit comme un bien commun.

    À travers cette politique culturelle de proximité, la commune affirme une conviction : la culture n’est pas seulement un spectacle à regarder, mais une expérience à partager.

  • A’Rieka, le rappeur-prof de mathématiques qui fait rimer pédagogie et création artistique

    A’Rieka, le rappeur-prof de mathématiques qui fait rimer pédagogie et création artistique

    Derrière le nom de scène A’Rieka se cache Antoine Carrier, professeur de mathématiques et rappeur bordelais. Un double parcours assumé, qu’il résume lui-même avec simplicité : « Je suis moitié prof de maths et moitié rappeur ». Originaire du Médoc, l’artiste a grandi avec le rap, nourri très tôt par l’écoute de groupes et d’auteurs où le texte tient une place centrale, de Passi à NTM, mais aussi Brassens, Renaud ou Gainsbourg.

    Aujourd’hui suivi par plusieurs dizaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, A’Rieka s’est fait connaître auprès du grand public grâce à un concept original : les « rapémathiques », des chansons pédagogiques conçues pour aider les collégiens à réviser.

    Des « rapémathiques » pour redonner envie d’apprendre

    L’idée naît il y a trois à quatre ans, à partir d’un constat de terrain. Face à des classes de troisième en grande difficulté et peu enclines aux révisions, A’Rieka cherche un levier pour remotiver certains élèves. Il imagine alors un format mêlant rap et notions mathématiques, avec tableaux, exemples concrets et paroles structurées autour du programme du collège.

    Tables de multiplication, théorème de Pythagore, Thalès : l’ensemble du socle mathématique est progressivement décliné en musique. L’objectif n’est pas tant de faire comprendre que de faciliter la mémorisation et la révision. « Ce n’est pas une baguette magique, mais ça a marché pour quelques-uns », souligne-t-il.

    Le succès dépasse rapidement le cadre de sa salle de classe. Diffusées sur Instagram, TikTok et YouTube, ces vidéos rencontrent un large écho, devenant un outil pédagogique utilisé par de nombreux enseignants pour dynamiser leurs cours.

    Une réflexion engagée sur l’école et ses évolutions

    Fort de quinze années d’expérience dans l’enseignement, A’Rieka porte également un regard lucide sur l’évolution du système scolaire. Il constate une baisse progressive du niveau en mathématiques et pointe plusieurs facteurs, parmi lesquels l’hétérogénéité croissante des classes et la suppression du redoublement.

    Selon lui, chaque élève devrait pouvoir avancer à son rythme, sans stigmatisation. Il évoque aussi l’impact des réseaux sociaux, d’Internet et désormais de l’intelligence artificielle sur les comportements des jeunes, ainsi qu’un rapport à l’éducation parfois fragilisé dans certaines familles.

    C’est précisément dans ce contexte qu’il voit ses projets artistiques comme des leviers complémentaires, capables de recréer de l’engagement et de la motivation.

    Du rap pédagogique aux projets collaboratifs

    Au-delà des rapémathiques, A’Rieka a développé un second dispositif : les « rapépratiques ». Le principe repose sur des ateliers d’écriture menés avec des élèves, en collaboration avec des enseignants de différentes disciplines. Les jeunes écrivent eux-mêmes des chansons à partir de leurs leçons, apprennent à rapper, enregistrent leurs morceaux et réalisent leurs clips.

    À la fin du processus, ce sont les élèves qui deviennent à leur tour transmetteurs de savoir, leurs productions servant de support de révision pour d’autres classes. Déployé dans de nombreux collèges de Gironde, mais aussi au Pays basque, à Montpellier ou vers Poitiers, le projet compte aujourd’hui près d’une soixantaine de clips en ligne.

    Ces initiatives s’étendent désormais à d’autres structures : établissements spécialisés, hôpitaux de jour, colonies de vacances, collectivités locales, et même entreprises, avec une déclinaison en team building favorisant la cohésion d’équipe à travers la création musicale.

    Une carrière musicale nourrie par l’expérience de terrain

    Parallèlement à ses projets éducatifs, A’Rieka poursuit son travail artistique personnel. Son dernier album, Né entre deux étoiles, illustre sa volonté de ne pas se cantonner à un seul style : rap à texte, morceaux plus sombres, titres légers ou introspectifs s’y côtoient. Une diversité qu’il résume par sa devise : « trop de styles pour en avoir un ».

    Il est également l’auteur de Super Papa, une chanson écrite pour ses trois enfants, dont le clip réunit toute sa famille, et de On échouait, un titre largement relayé pendant la période post-confinement, qui évoque avec humour et lucidité le quotidien des enseignants durant la crise sanitaire. Ce morceau connaît un succès viral, atteignant plusieurs centaines de milliers de vues en quelques jours.

    Sur scène, l’artiste se produit aujourd’hui entouré de musiciens batteur, guitariste, DJ-pianiste, avec un show d’une heure mêlant rap, reggae, rock, piano voix et passages a cappella.

    « Donner une autre dimension au rap »

    Malgré une visibilité importante liée à ses contenus pédagogiques, A’Rieka garde les pieds sur terre. Conscient que ses abonnés le suivent avant tout pour ses rapémathiques, il poursuit néanmoins sa création musicale avec détermination, acceptant les doutes et les écarts de notoriété entre ses différents projets.

    Sa plus grande fierté reste ses enfants. Son combat, lui, est clair : montrer que le rap peut dépasser les clichés et devenir un outil de transmission, de réflexion et de lien social.

    Entre salles de classe, studios d’enregistrement et scènes de concert, A’Rieka trace ainsi un parcours atypique, où l’art et l’éducation se répondent, au service d’une ambition simple : faire voyager le rap et ouvrir de nouveaux horizons d’apprentissage.

  • Mérignac d’antan : « Mérignac-Soleil, Le temple de la civilisation du congélateur! »

    Mérignac d’antan : « Mérignac-Soleil, Le temple de la civilisation du congélateur! »

    Dans ce dernier épisode, gros plan sur un autre équipement majeur de la ville : Mérignac-Soleil. Véritable révolution à la fin des années 80, le centre commercial et sa galerie marchande ont profondément transformé la ville et la vie.

    L’inspiration américaine des centres commerciaux périphériques

    Pour comprendre Mérignac Soleil, Michel Pétuaud-Létang remonte à une logique importée des États-Unis.

    « Il y a un phénomène qui se passe dans ces années-là : Monsieur Fournier, de la société Carrefour, va aux États-Unis et s’aperçoit que les centres commerciaux se développent près des autoroutes. » Une logique liée à l’étalement urbain et à la voiture omniprésente : « Ils prennent leur voiture tout le temps, ils vont dans un endroit où le parking est gratuit et où ils trouvent tout ce dont ils ont besoin. »

    À Mérignac, tous les ingrédients sont réunis pour importer ce modèle :« La rocade n’est pas loin, il y a une sortie, c’est à côté de Bordeaux, c’est une ville en plein développement. »

    La naissance d’un modèle commercial puissant… mais destructeur

    Le premier hypermarché s’installe près de la rocade, sur un grand terrain privé. « Ils n’en ont eu rien à foutre des cèdres magnifiques qu’il y avait, et ils ont construit une grande boîte rectangulaire avec un bardage blanc et écrit “Carrefour”. » L’objectif est clair : attirer toute l’agglomération. « Faire venir aussi bien les Bordelais que toute l’agglomération, avec un parking gratuit. » Mais pour l’urbaniste, ce modèle porte en lui une dérive profonde. « Moi, j’appelle ça la civilisation du congélateur. On vient le samedi, on remplit le coffre, on remplit le congélateur, on rentre chez soi et on reste enfermé toute la semaine. »

    Et conclut sans détour :« Moi, j’appelle ces établissements des “tue-la-ville”. »

    Des galeries marchandes à la ville artificielle

    Le succès attire de nouvelles activités : restauration, boutiques, puis galeries marchandes.« Ils se rendent compte qu’il y a tellement de monde qu’ils peuvent faire venir des marques, et ils développent des rues intérieures. » Même l’idée d’y ajouter des cinémas est évoquée.Une erreur supplémentaire selon lui :« Si tout ce qui est ludique et commercial est en périphérie, qu’est-ce qu’il reste dans les villes ? Plus rien. »

    Michel Pétuaud-Létang assume sa position :« Je me bats contre ça. Je n’ai jamais fait de centres commerciaux de périphérie. »

    Mérignac, modèle… et contre-modèle

    Mérignac Soleil devient pourtant une référence nationale.« Ça a été un succès considérable dans toutes les grandes villes de France. » Mais aussi un précédent : « Bordeaux a râlé, puis ils ont fait Bordeaux-Lac. Ensuite Bouliac, Bègles… »

    Avec le recul, il parle de « blessures urbaines » :« Au lieu de reprendre le mal à l’origine, on met des pansements autour de ces blessures. »

    Pour lui, une ville ne peut pas fonctionner sans continuité piétonne. « Ce n’est pas ça une ville. Si on ne peut pas circuler à pied en sécurité, ce n’est pas une ville. »

    Mérignac: attractivité indéniable

    Malgré ces critiques, Michel Pétuaud-Létang reconnaît le rôle moteur de ces infrastructures. « L’aéroport fait venir des entreprises, Mérignac Soleil fait venir des voitures, donc des routes, donc des immeubles. ». À cela s’ajoutent des atouts géographiques forts :

    « Le bassin d’Arcachon à 20 minutes, la côte Atlantique, les Pyrénées, les hôpitaux, l’université. »

    Un ensemble qui explique la puissance économique de la commune. « Si l’aéroport avait été sur la rive droite, Mérignac n’aurait pas eu le même développement. »

    Retrouver l’esprit des quartiers

    En conclusion, Michel Pétuaud-Létang plaide pour un retour à l’esprit originel de Mérignac.

    « Il faudrait retrouver ses quartiers, recréer des lieux où les gens ont envie de se retrouver. »

    Bistrots, terrasses, cheminements doux :

    « Faire un maillage très serré piétons-vélos et retrouver des points riches, des points de vie. »

  • À Saint-Jean-d’Illac, une saison culturelle engagée pour faire de l’Espace Quérandeau un véritable cœur de village

    À Saint-Jean-d’Illac, une saison culturelle engagée pour faire de l’Espace Quérandeau un véritable cœur de village

    Un équipement modulable au service de toutes les esthétiques.

    Salle de spectacle, scène ouverte sur le jardin, parvis conçu comme une place publique : l’Espace Quérandeau se distingue par sa modularité. Le fond de scène peut s’ouvrir vers l’extérieur, permettant aux artistes de jouer face au jardin, tandis que les gradins amovibles autorisent aussi bien des concerts festifs que des formes plus intimistes.

    Au-delà de l’outil technique, l’architecture participe à une stratégie urbaine assumée. Situé en plein centre-ville, à proximité de la mairie, de la bibliothèque et du tout récent centre associatif Joséphine Baker, le lieu s’inscrit dans un ensemble cohérent pensé pour favoriser les rencontres. « On traverse le jardin, on passe par le parvis, on entre dans la salle : cela crée une vraie place de village », résume Annabel Zanota-Carbonell. Une centralité qui change le rapport des habitants à la culture, désormais intégrée au quotidien.

    Une programmation artistique à la fois exigeante et accessible.

    À Saint-Jean-d’Illac, la culture se veut résolument inclusive. La saison compte une trentaine de spectacles, mêlant théâtre, musique, danse, humour, marionnettes ou encore propositions jeune public. Parmi les temps forts à venir : Malaka, duo de sœurs en résidence dès le 30 janvier, la compagnie Liquidambar et son théâtre de marionnettes le 6 février, ou encore Marion Mezadorian et son one-woman-show salué par Le Monde le 27 février.

    Le 13 mars, les jeunes talents du Conservatoire de Bordeaux investiront la scène, avant le lancement du festival En voiture Simone, du 15 au 30 avril : un rendez-vous pluridisciplinaire dédié à l’enfance et à la jeunesse, associant musique, contes, danse et théâtre, en partenariat notamment avec Martignas-sur-Jalle. Ce festival irrigue aussi l’espace public, avec parcours poétiques, ateliers, journée carnavalesque et créations collectives menées avec les écoles, la crèche et les structures périscolaires.

    La saison s’achèvera le 29 mai avec Guiz, membre du groupe Tryo, lors d’un concert debout festif, devenu un rituel de clôture à Saint-Jean-d’Illac. L’été prendra ensuite le relais avec Les Itinérantes, dont une grande soirée familiale prévue le 3 juillet dans le quartier du Las, mêlant tremplin musical, jeux pour enfants et interventions artistiques.

    Une culture engagée sur les enjeux contemporains.

    Fil conducteur de cette programmation : l’attention portée aux problématiques actuelles, notamment environnementales. Plusieurs spectacles abordent directement la nature et l’écologie, mais l’engagement dépasse le seul contenu artistique.

    La Ville agit également sur l’organisation même des événements : incitation aux mobilités douces via une tarification préférentielle pour les spectateurs utilisant des moyens de transport à faible impact, catering écoresponsable pour les artistes, réduction des impressions papier au profit d’une communication numérique. « On cherche des économies sur le fonctionnement, pas sur la qualité de l’offre », précise Annabel Zanota-Carbonell, dans un contexte budgétaire tendu pour les collectivités.

    Cette approche globale traduit une volonté municipale claire : maintenir une politique culturelle ambitieuse malgré les contraintes financières, en arbitrant autrement plutôt qu’en réduisant la programmation.

    Médiation culturelle et lutte contre les idées reçues.

    Autre pilier du projet illacais : l’accessibilité. L’Espace Quérandeau a été conçu pour accueillir tous les publics, y compris les personnes à mobilité réduite ou les publics dits « empêchés ». Mais l’inclusion passe aussi par un important travail de médiation.

    Rencontres avec les artistes à la bibliothèque, ateliers dans les écoles, visites de la salle, masterclass avec les associations locales : tout est mis en œuvre pour combattre l’idée selon laquelle la culture serait élitiste ou réservée à certains. « Les spectacles sont de grande qualité, mais ils sont pour tous », insiste la directrice.

    Pour la municipalité, la culture est à la fois divertissement, outil de réflexion et vecteur de cohésion sociale. Un levier d’émancipation, particulièrement auprès des plus jeunes, avec un travail régulier mené tout au long de l’année dans les établissements scolaires.

    Un maillage territorial fondé sur les partenariats.

    Commune de l’ouest bordelais, Saint-Jean-d’Illac revendique aussi son rôle de trait d’union entre l’agglomération et le Bassin d’Arcachon. La programmation s’appuie sur de nombreux partenariats : communes voisines (Cestas, Canéjan, Martignas), Théâtre Olympia d’Arcachon pour un parcours chorégraphique à l’échelle du Bassin, Conservatoire de Bordeaux, mais aussi réseaux professionnels et institutions culturelles comme l’IDDAC ou l’OARA.

    Cette coopération permet à la fois de mutualiser les coûts, de limiter les transports des artistes et d’offrir au public une diversité d’esthétiques sans concurrence entre territoires. « Il faut être en complémentarité, pas en rivalité », souligne Annabel Zanota-Carbonell.

    Un lieu désormais pleinement approprié par les habitants.

    Trois ans après son ouverture, l’Espace Quérandeau semble avoir trouvé sa place. Festivals, carnaval, temps forts participatifs : les habitants s’approprient progressivement ce nouvel espace, devenu un point de convergence pour les familles comme pour les amateurs de spectacle vivant.

    Pensé dès l’origine comme un équipement de proximité, au cœur du village, le site incarne aujourd’hui une ambition plus large : faire de la culture un moteur de dynamisme local et un espace de rencontre intergénérationnel.

    À travers cette saison 2025-2026, Saint-Jean-d’Illac affirme ainsi une vision de la culture à la fois exigeante, engagée et profondément ancrée dans son territoire.

  • Mérignac d’antan: L’Aéroport, histoire, développement et erreurs d’urbanisme

    Mérignac d’antan: L’Aéroport, histoire, développement et erreurs d’urbanisme

    Architecte et urbaniste, Michel Petuaud-Létang revient sur la naissance et le développement de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, une infrastructure déterminante pour l’économie locale, mais dont l’essor rapide a aussi généré des choix d’urbanisme aujourd’hui discutés.

    Un aérodrome né d’un terrain idéal

    L’implantation de l’aéroport à Mérignac n’est pas le fruit du hasard.

    « Il y a à Mérignac un terrain totalement plat, qui est le terrain de l’aérodrome », rappelle Michel Petuaud-Létang. Dès l’origine, ce site attire les pionniers de l’aviation, notamment « un Monsieur Issartier, passionné d’avions, qui avait créé un terrain d’aviation ».Rapidement, l’activité se structure autour de l’aéronautique.

    « Une aérogare s’est développée grâce à Dassault, grâce à la SOGERMA, pour l’entretien des appareils, avec de nombreux sous-traitants qui se sont installés autour. »

    Un véritable pôle industriel émerge alors au nord de l’aéroport, spécialisé dans les métiers de l’aéronautique.

    Un pôle stratégique, aux portes de l’international

    Dès les premières décennies, l’aéroport ouvre Bordeaux et Mérignac vers l’extérieur.

    « Il y avait des lignes qui partaient de Bordeaux sur le Maroc, sur l’Afrique, et sur Paris bien sûr. » L’agrandissement du site entraîne la création de l’avenue Kennedy et d’une nouvelle aérogare au sud des pistes, en lien avec la construction progressive de la rocade. Mérignac bénéficie alors d’un avantage décisif : « Les pistes sont beaucoup plus libres d’accès ici, ce qui n’est pas le cas à Toulouse. À Toulouse, on fabrique des avions, mais à Bordeaux, on les répare ou on les fabrique pour l’industriel et le militaire. »

    Une ville ouverte, mais confrontée à ses propres limites

    L’aéroport joue un rôle central dans l’ouverture internationale de la commune. « Mérignac a toujours été une ville ouverte vers l’étranger avec cet aéroport. »Sa configuration géographique y contribue :« Onze kilomètres de long sur quatre kilomètres de large, avec de l’air, de l’espace, et côté ouest, rien. Mais cette capacité d’extension a aussi généré des tensions.

    « On a laissé construire des habitations près des tracés d’envol ou d’atterrissage, et ça, c’est un urbanisme qui a été mal pensé. » À l’époque, reconnaît-il, « on n’avait pas cette notion de développement durable. On n’y pensait pas. » Avec l’augmentation du trafic, les nuisances se sont accentuées. « Avant, les avions faisaient 70 décibels, aujourd’hui ils en font plus de 100, et ils sont beaucoup plus nombreux. »

    Un phénomène amplifié par la mondialisation : « Aujourd’hui, le monde utilise beaucoup l’avion pour transporter des colis, même pour un objet qui pèse 100 grammes. »

    Une concurrence féroce entre communes

    Le développement de l’aéroport s’inscrit aussi dans un contexte de rivalités territoriales fortes. « Chaque commune avait son propre service pour attirer les entreprises. C’était la bagarre », se souvient Michel Petuaud-Létang. Mérignac, Le Haillan, Pessac ou Bordeaux cherchaient à capter les grands projets économiques.

    C’est dans ce contexte qu’intervient une anecdote révélatrice.

    « Un jour, je suis assis dans un avion à côté de Jacques Chaban-Delmas », alors maire de Bordeaux. Interrogé sur son travail, l’architecte répond simplement :

    « Je lui dis que je suis en train de dessiner IBM à Mérignac. »La réaction semble bienveillante :« C’est bien mon petit, bravo ! » Mais quinze jours plus tard, le projet change de cap.

    « Mon maître d’ouvrage m’appelle et me dit : IBM ne viendra pas à Mérignac. Ils vont aller à Bordeaux. »

    Avec le recul, Michel Petuaud-Létang analyse :

    « J’avais fait l’erreur, la sottise, gentiment, de dire au maire de Bordeaux ce que je faisais. C’est pour ça que IBM n’est pas installé à Mérignac. »

    Un moteur économique à encadrer

    L’aéroport reste un atout majeur.« Qu’il puisse se développer et accueillir des entreprises, c’est très bien. » Mais l’architecte met en garde :« Il faut gérer l’urbanisme autour, la mobilité et l’implantation des zones habitées. »Selon lui, Mérignac a payé le prix de son attractivité.

    « La ville a été victime de son succès : ça a été trop vite, trop incontrôlé. »

    Jusqu’à permettre des usages inattendus, comme l’implantation de la célèbre discothèque.

    « C’est grâce à l’aéroport qu’on a pu faire le Macumba, parce que c’était sous les pistes, dans une zone peu constructible, et le bruit ne posait pas de problème. »

    Un symbole, selon Michel Petuaud-Létang, d’un développement mené à grande vitesse, parfois sans vision d’ensemble, mais qui a durablement façonné le visage de Mérignac.

  • Mérignac d’antan:  » On aurait dû empécher de construire de part et d’autre de la rocade! »

    Mérignac d’antan:  » On aurait dû empécher de construire de part et d’autre de la rocade! »

    Architecte-urbaniste et Mérignacais, Michel Petuaud-Létang livre un éclairage historique et critique sur le développement de Mérignac, l’impact de la rocade bordelaise et les grandes décisions d’aménagement qui ont façonné l’ouest de la métropole.

    Un mouvement ancien, bien avant la rocade

    Contrairement à une idée répandue, l’intégration progressive de Mérignac dans l’aire bordelaise n’est pas née avec la rocade. « Le processus était en marche », rappelle Michel Petuaud-Létang.Cette dynamique s’explique par un phénomène historique observé dans de nombreuses villes :« Toutes les villes se développent à l’ouest, parce que les vents dominants vont de l’ouest vers l’est. Les activités polluantes ont longtemps été installées à l’est, avec les quartiers ouvriers. »

    À Bordeaux, cette logique a contribué à une opposition durable entre les deux rives de la Garonne.« La rive droite a longtemps été mal considérée, perçue comme un quartier populaire et industriel, alors que la rive gauche concentrait les quartiers jugés plus favorables. »

    Mérignac, terre de villégiature puis d’opportunités

    Dès le XVIIIᵉ siècle, Mérignac attire les élites bordelaises.

    « Les riches banquiers et négociants en vin ont acquis à l’ouest de grandes propriétés magnifiques », explique l’urbaniste, évoquant la création d’hôtels particuliers et de vastes domaines.

    La commune mêle alors grandes propriétés bourgeoises et quartiers beaucoup plus anciens :« À Mérignac, il y a des quartiers qui datent des Romains, comme les Eyquems. »

    L’arrivée des boulevards à Bordeaux au XIXᵉ siècle renforce cette attractivité.

    « Les boulevards ont été un appel : on circulait mieux, il y avait du terrain, et les entreprises sont venues naturellement de ce côté-là. »

    La rocade : un accélérateur mal maîtrisé

    Pour Michel Petuaud-Létang, la rocade a reproduit les mêmes erreurs que les boulevards.

    « On a permis une urbanisation facile le long de la rocade », regrette-t-il, estimant qu’un large corridor vert aurait dû être préservé. « Si j’avais été urbaniste à l’époque, j’aurais interdit de construire de part et d’autre de la rocade. »

    Pensée dans les années 1960 pour désengorger Bordeaux, notamment sous l’impulsion de Jacques Chaban-Delmas, la rocade facilite aussi les échanges économiques européens.

    « C’était beaucoup plus simple pour les camions et les échanges entre le nord et le sud de l’Europe, ainsi qu’avec l’Afrique du Nord. »

    Aéroport, industrie et naissance des zones d’activités

    Le développement de l’aéroport de Mérignac et l’implantation de Dassault dans les années 1930 jouent un rôle déterminant.

    « Dès qu’une grande entreprise s’installe, il y a toujours des sous-traitants autour. C’est un appel. »

    Dans les années 1960-1970, Mérignac reste encore largement rurale. « C’était un pays de paysans et de grandes propriétés bourgeoises », se souvient-il, décrivant un territoire en pleine mutation.

    Cette transformation s’incarne avec la création de la zone d’activités CADERA.

    « On a inventé le mot CADERA, pour Centre d’Activités Deux échangeurs, Rocade, Aéroport. Le terme est devenu un nom commun. »

    Le projet repose sur une règle innovante pour l’époque :

    « Pas plus de 30 % d’emprise au sol pour les bâtiments, 30 % pour les voiries et parkings, et 40 % d’espaces verts. »

    Une vision qui fera de CADERA « l’un des premiers parcs d’activités par club en Europe ».

  • À Saint-Jean-d’Illac, le centre associatif et culturel Joséphine Baker ouvre un nouveau chapitre pour la vie locale

    À Saint-Jean-d’Illac, le centre associatif et culturel Joséphine Baker ouvre un nouveau chapitre pour la vie locale

    Ce mardi 27 Janvier 2026, autour du maire Édouard Quintano étaient réunis Amélie Bosset-Audoit, conseillère départementale, Camille Duvette pour l’agence d’architecture Métaphore, ainsi qu’Amin Ziani, représentant du préfet de la Gironde Étienne Guyot. Une inauguration marquée par l’aboutissement d’un projet lancé dès le second semestre 2020, dans le cadre de l’opération Cœur de Bourg, pour remplacer un ancien centre associatif devenu inadapté.

    Une conception collective au service des usages

    « Ce moment est important pour notre commune parce qu’il marque l’aboutissement d’un projet mûri dans le temps, construit avec méthode et pensé avant tout pour répondre aux besoins des Illacaises et des Illacais », a souligné Édouard Quintano.

    Dès l’origine, la municipalité a associé services municipaux et associations, qu’elles soient ou non utilisatrices de l’ancien équipement. Pour garantir une approche structurée et objective, la commune s’est appuyée sur un programmiste indépendant, missionné fin 2021. Son travail a permis de formaliser un programme intégrant contraintes techniques, financières et urbanistiques, tout en tenant compte des usages réels attendus.

    Le choix d’implantation n’est pas le fruit du hasard. L’extension de l’espace Villenave, ancien restaurant emblématique de la commune, s’inscrit dans une logique de cohérence territoriale. Le nouveau bâtiment s’intègre dans un véritable « cheminement culturel, associatif et économique », reliant le parc Edouard Darriet, la maison d’exposition, l’espace culturel, les commerces de proximité et la bibliothèque Olympe-de-Gouges. Un parcours pensé comme un trait d’union entre culture, vie associative et dynamisme local.

    Un bâtiment durable et techniquement exigeant.

    Retenue à l’issue de la consultation lancée fin 2022, l’agence Métaphore, représentée par l’architecte Camille Duvette, a conçu un projet conciliant patrimoine et modernité. « Nous avons voulu porter une attention particulière au contexte paysager du parc Edouard Darriet et au caractère patrimonial de la salle Villenave. Cela a été la base de notre réflexion », explique-t-elle.

    Le parti pris architectural valorise l’existant tout en ouvrant largement les espaces du rez-de-chaussée sur le parc, avec un étage créé afin de limiter l’emprise au sol et préserver les espaces verts. L’ensemble a été pensé comme un lieu de vie accessible et accueillant, composé d’espaces polyvalents destinés aux rencontres, aux loisirs, à la culture et à la convivialité.

    Sur le plan technique, l’équipement se distingue par des fondations sur micropieux, adaptées à la présence de nappes phréatiques affleurantes, garantissant stabilité et pérennité. Le bâtiment bénéficie également d’une isolation thermique et acoustique renforcée, répondant aux exigences des pratiques musicales, théâtrales et chorégraphiques.

    Autre élément clé : l’installation d’un puits climatique (dit canadien), permettant de préchauffer l’air en hiver et de le rafraîchir en été, sans recourir à la climatisation. « C’est un choix à la fois écologique, responsable et tourné vers l’avenir », souligne le maire.

    756 m² dédiés à la vie associative et culturelle.

    Le centre Joséphine Baker offre aujourd’hui 756 m² d’espaces fonctionnels partagés. Au rez-de-chaussée, des locaux sont dédiés aux pratiques artistiques et musicales, ainsi qu’un espace Villenave à nouveau accessible aux associations et au public. À l’étage, plusieurs salles polyvalentes accueillent réunions, ateliers et temps de travail collectif.

    Le projet anticipe également l’avenir, avec la possibilité d’un agrandissement futur au-dessus de la salle de danse. Les associations anciennement installées dans le centre associatif bénéficient désormais de conditions d’accueil modernisées, favorisant la mutualisation des espaces.

    L’association musicale et chorégraphique Illacaise (AMCI) a notamment rejoint des locaux adaptés à ses besoins, indispensables au développement de ses activités artistiques.

    Joséphine Baker, un choix porteur de sens

    Le nom du centre, Joséphine Baker, a été choisi à l’issue d’une consultation citoyenne, sur le même modèle que la bibliothèque Olympe-de-Gouges. Un choix symbolique fort, salué par l’ensemble des intervenants.

    Pour Amélie Bosset-Audoit, cette dénomination fait écho aux valeurs portées par le lieu : « Donner le nom de cette femme engagée, artiste, résistante, c’est mettre en lumière une figure inspirante. C’est aussi reconnaître le rôle fondamental des associations comme espaces de rencontre, de partage et d’émancipation. »

    Amin Ziani, représentant du préfet, a également souligné la portée de ce choix : « Joséphine Baker incarne la liberté, l’égalité, la fraternité. C’est une artiste, une militante, une femme engagée. Le message est clair : ici, on parle d’engagement citoyen, de culture, de fraternité et de joie de vivre. »

    Un partenariat institutionnel fort.

    Le projet a bénéficié du soutien financier de l’État, à hauteur de plus de 300 000 euros : 150 000 euros au titre de la dotation de soutien à l’investissement local et 175 000 euros via la dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR). Un accompagnement salué comme l’illustration d’une coopération réussie entre l’État et les collectivités en faveur de la culture et du tissu associatif.

    La municipalité a également remercié l’ensemble des partenaires institutionnels, les services municipaux, les bureaux d’études, les entreprises mobilisées, ainsi que l’agence Métaphore pour le respect des délais et la qualité d’exécution du chantier.

    Un lieu appelé à vivre et à évoluer

    « C’est en vivant un bâtiment qu’on l’apprécie pleinement », a conclu Édouard Quintano, se disant « excessivement fier » de cette réalisation. Déjà salué pour sa luminosité, sa fluidité et son énergie, le centre associatif et culturel Joséphine Baker est appelé à devenir un véritable cœur battant de la vie illacaise.

    Plus qu’un simple équipement, il se veut un espace d’épanouissement, de créativité et de lien social, au service des habitants et des bénévoles qui font vivre au quotidien le tissu associatif de Saint-Jean-d’Illac.

  • Mérignac des quartiers: « Arlac, la bourgeoise, c’était trop Bordeaux! »

    Mérignac des quartiers: « Arlac, la bourgeoise, c’était trop Bordeaux! »

    Aujourd’hui encore, Mérignac revendique une identité plurielle. Une réalité profondément ancrée dans son histoire, comme le raconte Michel Petuaud-Létang, architecte, urbaniste et témoin direct du Mérignac d’après-guerre.« Mérignac, c’est aussi une commune de quartiers. Et ça a toujours été le cas. »

    Des quartiers séparés par la nature

    À la fin des années 1940, les quartiers ne se touchent pas. Ils sont séparés par de vastes zones agricoles et horticoles.

    « Il y avait de grandes zones vertes entre ces quartiers, parce que c’étaient des agriculteurs ou des horticulteurs. »

    Entre le bourg de Mérignac, Capeyron, Pichey ou les Eyquems, les champs, les pépinières et les exploitations structurent le paysage. Le maire de l’époque, Robert Brettes, est lui-même horticulteur, symbole d’une ville encore intimement liée à la terre.

    Une vie de quartier très affirmée

    Chaque quartier possède sa propre vie sociale. « Chacun avait sa fanfare ou son groupe, et une grande fête. »Les fanfares sillonnent les rues, rassemblent les habitants, entraînent les enfants. « Les gens sortaient de leurs maisons, se mettaient derrière la fanfare et allaient jusqu’à la place du coin. »

    Capeyron, Pichey, les Eyquems ou le centre-bourg disposent chacun de leur place, de leur fête, de leur identité. Le 14 juillet est un temps fort, mais la vie collective s’exprime tout au long de l’année.

    Une identité commune, des caractères distincts

    Si le sentiment d’appartenance à Mérignac est fort, chaque quartier revendique sa singularité.

    « Tout le monde avait le sentiment de faire partie d’une même communauté, mais revendiquait son identité de quartier. »

    Certains secteurs se distinguent nettement :

    Arlac, jugé plus bourgeois car trop proche de Bordeaux : « C’était Bordeaux, quoi, Arlac ! »

    Pichey, plus populaire et plus animé, « petit Montmartre », fréquenté par les soldats américains attirés par les serveuses des bars.

    Les quartiers agricoles, où les enfants participent aux travaux des champs pendant les vacances. « Moi, pendant les vacances, j’allais faire les foins, aider à ramasser le maïs. »

    Industrie, Américains et modernité vue depuis le cinéma

    Mérignac n’est pas seulement rurale. La commune accueille déjà une zone industrielle importante avec Dassault et Sogerma, mais aussi une base militaire américaine. Pour le jeune Michel Petuaud-Létang, la modernité américaine ne se découvre pas directement dans les rues, mais sur grand écran.

    Grâce à un camarade dont le père est concierge de la salle des fêtes de Mérignac, il assiste, en secret, aux projections réservées aux soldats américains.

    « On rentrait en douce et je voyais des films américains en Eastman Color, puis après en Technicolor. »

    À travers ces films, il découvre un autre monde, en contraste total avec la réalité locale.

    « On sortait de la guerre, on avait encore des chevaux sur la place, et on voyait ces rues avec des gazons impeccables. »

    Ces images venues d’Hollywood marquent durablement l’enfant.

    « Je me disais : qu’est-ce que c’est formidable. C’est le pays de demain. »

    Un choc visuel et culturel qui influencera plus tard son regard d’urbaniste.

    Exode, solidarité et reconstruction

    À Pichey notamment, d’anciens bâtiments en bois construits pendant la guerre sont conservés pour loger des réfugiés espagnols, des familles déplacées ou des habitants en exode rural.

    Même le stade de Mérignac recycle ces structures pour ses vestiaires.« Les douches et les vestiaires étaient faits avec ces maisons en bois récupérées. C’était abominable. »

    Une histoire locale devenue mondiale

    Anecdote étonnante. Sur la place de Mérignac, une petite épicerie tenue par une femme discrète.

    « On avait appris qu’elle avait un fils parti à New York. »

    Ce fils participera à l’invention de la photographie instantanée : Polaroid.

    « Le fils de l’épicière de Mérignac avait participé à l’élaboration du Polaroïd. »